Éliette Abécassis

Un heureux événement vu par Eliette Abécassis

  

     Je suis heureuse que le film  "Un heureux événement" ait vu le jour et qu’il suscite autant de débats.  Lors des séances d’avant-première auxquelles j’ai pu assister, j’ai remarqué que beaucoup de femmes osaient le dire : "c’est mon histoire, je m’y reconnais". Le film les déculpabilise. Mais le tabou n’est pas facile à lever Dire que c’est un moment où les femmes se sentent très seules [pendant leur grossesse, ndlr], est interdit ou malséant.  Il faut toujours annoncer que tout va bien ; être enceinte, oui, mais sans que cela puisse se voir de dos, ou alors, comme les mannequins, juste avec le ventre qui dépasse et tout le reste du corps fuselé ; entrer dans son jean dès la sortie de la , déposer son bébé à la crèche et revêtir son petit tailleur pour reprendre sa carrière sous peine de se faire licencier ou se faire prendre son travail par un autre ; donner les biberons avec le sourire et se transformer en femme fatale le soir. Expérience extraordinaire vs parcours de la combattante Etre mère n’est pas très simple dans notre société qui fait peser beaucoup de responsabilités sur les épaules des femmes, sans vraiment les épauler. Et cette expérience extraordinaire se transforme souvent en parcours du combattant, avec, à la clef, une grande crise de couple. Pour nos grands-mères, la maternité était la grande affaire de leur vie.  Pour la plupart de nos mères qui ont vécu la révolution féministe, il fallait la mettre à l’écart au profit de la carrière et de la construction individuelle. Pour notre génération, pour celles qui veulent avoir des enfants, s’en occuper et éventuellement les allaiter, il n’est pas toujours simple de faire le grand écart entre la vie professionnelle, la vie amoureuse et la maternité, comme si les trois choses étaient incompatibles. Mais pour que l’heureux événement ne se transforme pas en épreuve, il faudrait peut-être arriver à en parler, sans discours convenu, sans image d’Epinal, sans tabou... Se dire que c’est un cataclysme, et aussi l’un des grands bonheurs de la vie.

Éliette Abécassis