Éliette Abécassis

Donner

 

S'il y a chez toi quelque indigent d'entre tes frères, dans l'une de tes portes, au pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne, tu n’endurciras pas ton cœur et tu ne fermeras pas ta main devant ton frère indigent. Mais tu lui ouvriras ta main, et tu lui prêteras de quoi pourvoir à ses besoins.

Donne aux pauvres et aux nécessiteux, aux causes et aux associations, à tous ceux qui essayent de donner de l’espoir, donne à ceux qui le demandent et ceux qui ne le demandent pas, à ceux qui te regardent dans les yeux et ceux qui les baissent, donne car celui qui es dans le besoin est ton frère, car tu n’es pas propriétaire de tes biens, de ta terre, de tes possessions, car tu n’es ici que de passage. Donne parce que tu es obligé de le faire, parce que c’est une loi, pas un sentiment, une volonté, ni une velléité, au gré du moment, selon l’inspiration, ton humeur ou ta joie, donne que tu le veuilles ou non, heureux ou malheureux, donne, que tu sois riche ou que tu sois pauvre : parce que l’on n’est riche que de ce que l’on donne. Donne de l’argent, du temps, du travail, de l’amour, toi-même, donne-toi, parce que tu es toi-même don, de ton père à ta mère, de ta mère à ton père.

Donne pour réparer l’injustice : qu’il y ait en ce monde des femmes qui accouchent dans la misère, des enfants qui n’ont rien à manger, des gens qui ignorent de quoi sera fait le lendemain, pas si loin de chez toi, non : à ta porte, près de toi, sur ton chemin, ne détourne pas le regard, donne pour éviter d’être un témoin, un complice, un traître, donne avant qu’on te le demande, pour éviter la honte de demander, donne lorsqu’on te le demande pour éviter ta honte de ne pas donner, donne sans attendre de reconnaissance, et remercie le donataire car il t’a permis d’accomplir la loi. Voici la loi du don, l’une des plus centrales du judaïsme, des plus belles et des plus fortes. Donne, car en donnant c’est de l’espoir que tu donnes : de l’espoir dans l’homme.

Éliette Abécassis