Éliette Abécassis

IDYLLE

 

Les parfums Guerlain, une histoire d’amour.

 

     Je dînais avec lui, et soudain il était ailleurs. Un effluve de parfum venait d’envahir le restaurant : une femme était entrée. Soudain, bouleversé, il se tourna, la cherchant du regard. Elle portait Shalimar, le parfum de la femme qu’il aimait, avant –il y avait longtemps. Ce parfum, à chaque fois qu’il le sentait, le ramenait à cette femme, c’était plus fort que lui, que moi, plus fort que tout. Je compris que ce parfum resterait là, à tout jamais dans sa vie. L’amour cesse et s’évapore, les femmes passent dans la vie des hommes, mais Shalimar était resté, comme un goût d’éternité.

Shalimar est né de l’imagination d’un parfumeur inspiré par l’histoire de l’Empereur Shah Jahan et de son épouse Mumtaz Mahal, au nord de l’Inde, il y a quatre siècles. Lorsque Jacques Guerlain créa ce parfum mythique, dans un mélange de fleurs aux accents boisés et ambrés, il voulut célébrer l’élégance, la sensualité, la subtilité, et créer un effet d’emprise sur ceux qui le sentent ; l’essence d’une femme à jamais désirable, perpétuellement désirée.

« Le parfum a le pouvoir extraordinaire de faire surgir du tréfonds de la mémoire des paysages ou des instants de vie oubliés, et de raviver la présence d’une personne aimée… » dit son digne héritier, Jean-Paul Guerlain. En effet, de la même façon qu’on reconnaît l’origine d’un grand vin, ou le compositeur d’une symphonie, on reconnaît la marque d’un parfum Guerlain, odeur unique qui perdure au-delà du temps, expression de la féminité, fruit de recherches et de dosages d’une précision, d’une patience et d’une passion extraordinaires.

Derrière chaque parfum Guerlain, se cache une muse, une histoire d’amour, romantique ou romancée, un sourire, l’odeur d’une peau, un regard. Mitsouko, Shalimar, Nahema, ou Samsara, ou l’Instant de Guerlain ont été conçus en hommage à des femmes, aimées ou admirées, pour exprimer la fascination, la dévotion, pour rendre hommage à la femme, par le plus profond et le plus mystérieux des sens, celui qui pénètre au sein du corps, qui l’envahit sans qu’il puisse y résister, qui l’habite familièrement : l’odeur.

Nahema fut créée par une image, celle de Catherine Deneuve, apparue comme muse dans le film « Benjamin ou les mémoires d’un puceau » lorsque le parfumeur la vit dans une cage dorée parsemée de roses, vêtue d’une robe de soie blanche, les cheveux épars comme une auréole d’or. L’odeur, dit-il, c’est comme le son. Il chercha longtemps cette fragrance qui exprimait l’idée « d’une femme raffinée, experte dans ce jeu de la séduction, qui consiste à s’offrir sans jamais donner le sentiment de s’être tout à fait donnée et qui aurait aussi la grâce et la douceur d’une féminité enveloppante ».

Amoureux d’une jeune femme, excellente cavalière, Jean-Paul Guerlain regretta qu’elle ne se parfumât jamais, parce qu’elle n’avait pas trouvé un parfum qui correspondît à ses aspirations. Et c’est ainsi qu’il décida de créer un parfum pour elle. « Un parfum est un vêtement invisible, dit-il, «un jeu entre ce qui cache et qui se dévoile, un lien entre la personne qui le porte et les autres ». Personne n’autre comme lui n’a su exprimer l’indicible, en tressant ce « halo de lumière » qui permet d’entrer dans le monde sans déchirer le voile qui enveloppe et protège. Et voulant offrir ce monde à cette femme, il lui fit découvrir sa propre intimité, sa propre sensualité. C’est ainsi que naquit Samsara.

Tous les parfums de Guerlain sont des parfums d’amour, c’est la raison pour laquelle tous les parfums Guerlain sont des parfums à sillage, qui permettent de suivre les femmes, de savoir où elles se rendent, où elles ont été, et aussi, comme je l’expérimentai, à mes dépens, de faire renaître l’amour longtemps après qu’il eut disparu, de le ressusciter, de rendre vivaces les instants les plus forts, même lorsqu’ils sont morts, -parce que si l’amour s’en va, le parfum de l’amour reste.  Le parfum a le pouvoir extraordinaire de raviver un souvenir que l’on croyait perdu depuis longtemps. Je découvris le pouvoir du parfumeur : qui mémorise plus de trois mille odeurs, qui sait rendre une femme inoubliable, par le jeu de l’odeur transmuté en fragrance. Un éternel amoureux de la femme qui cherche, pour l’exalter et la célébrer, les fragrances les plus pures, les plus suaves, les plus intenses et les plus douces, les plus féminines.

Il existe des rapports subtils entre l’odeur, le désir, l’amour, l’éternité, le temps, et ces rapports s’expriment par l’idée du sillage, de la trace, de l’immensité de l’odeur, parfum de l’âme, l’odeur céleste qui emmène dans un monde nocturne, et qui, par la magie des essences, révèle l’essence de la féminité.

Idylle

Ce soir-là, j’étais loin de Paris, à la montagne, un homme devait venir m’y retrouver, je ne le connaissais pas très bien, mais j’étais attirée par un je ne sais quoi, depuis notre première rencontre. Je devais donc revoir cet homme, et je me préparais comme on se prépare lorsqu’on ne sait pas ce qui va arriver, gardant l’espoir secret…On m’avait donné une petite bouteille anonyme à la fragrance inconnue, en me disant, surtout, de ne jamais la porter, car elle n’était pas encore dans le commerce. J’étais loin de Paris, je me suis dit, après tout, pourquoi pas… Qui peut le reconnaître, je vais la porter, j’en avais envie, il se mélangeait si merveilleusement à mon humeur, il était presque impossible de lui résister. J’ai pris la fiole, j’ai déposé au creux de l’oreille le parfum comme un fruit défendu, juste avant le dîner, et la nuit tomba, poétique, remplie de sensations, de celles qui font naître les rencontres, sans qu’on sache pourquoi, une nuit sensuelle et sacrée, infinie, et à la fin de laquelle, -c’était l’aube- il me demanda : quel est ton parfum ?

Et je répondis, il n’existe pas, je n’ai pas le droit de dire son nom. Et lorsqu’il chercha ce parfum dans les rues et dans les boutiques, je sus qu’il était unique.

Ce fut le début d’un rêve d’amour... Un voyage au pays des promesses, des espérances, des silences et des attentes, lorsque par le rêve, l’image de l’autre vient hanter chacun de nos moments, et que l’on se surprend soi-même à y penser. C’est comme si toute l’idée de l’amour se personnifiait dans ce rêve, pour le rendre plus pur et plus beau… Ce fut le début de notre idylle.

Idylle…Légère, aérienne, une histoire d’amour tendre et passagère, un coup de cœur, un coup de folie, deux êtres qui penchent l’un pour l’autre sans engagement, un espoir d’amour, dans une époque sans espoir. Ce n’est pas la passion, c’est un épanchement du coeur, ce ne sont pas les tourments de l’amour, c’est se retrouver un soir, à dîner, loin, s’extraire du quotidien pour entrer dans une petite bulle d’éternité, c’est le temps qui s’étire et qui se contracte, lorsque l’on se voit, dans la douceur, rêveries diurnes, rêves nocturnes, coups de téléphones murmurés qui s’éternisent lorsqu’on se manque, sms qui font sursauter les cœurs, images, l’esprit qui s’égare, la vie qui s’organise soudain, différemment, lorsque chaque geste devient rituel d’attente et de préparation, c’est se réveiller dans un sourire, et s’endormir dans un souvenir, c’est mille pensées et mille détails, des mots, des baisers, c’est l’ardeur et la fougue, c’est, pour une femme, devenir femme, et pour un homme, se sentir vivant, c’est le désir qui s’approche, la force de le vouloir, c’est se dire, je ne suis plus seul, quelque part quelqu’un peut-être pense à moi, les barrières sont tombées et dans l’espace de la grâce, reconnaître la continuité, l’absence pour mieux se retrouver, et par l’absence creuser en soi l’espace d’un baiser, c’est le doigt qui dépose, léger et aérien, une goutte de parfum au creux d’une oreille, qui écoute et se tend pour mieux sentir le souffle d’un baiser, idylle passagère et recommencée : Idylle, -l’éternité fugace de l’instant.

L’élixir

Après cette nuit, je voulus croire à l’élixir, au philtre d’amour, qui rend la femme irrésistible, qui rend l’attraction fatale, le geste inéluctable, un baiser né par la magie d’une fragrance ; l’espace d’une nuit, rendue inoubliable, le temps d’une vie.

Qu’est-ce qui dans Idylle, me séduisit au point que je ne résistai pas à le porter cette nuit-là ? Qu’est-ce qui dans Idylle le séduisit au point du jour lorsqu’il me demanda, quel est ton parfum ? Qu’y a-t-il dans Idylle qui le rendit captif?

Je voulus comprendre, je voulus connaître dans les moindres détails les composantes de ce philtre au pouvoir mystérieux.

Un monde inconnu s’ouvrit à moi, infiniment précieux, délicat, voluptueux. Pour créer Idylle, parfum de la séduction, il avait fallu composer un bouquet de fleurs. Et pour cela, chercher les fleurs les plus rares parmi les plus rares.

Tout partait de la rose. Cette rose était une communelle de roses bulgares, le millésime 2008 étant fruité, avec des effluves de framboise et de litchi. A cette communelle était associée la rose du Plessis Robinson, cette rose qu’avait créée Jacques Guerlain par amour pour le passé, qui est une rose ancienne aux accents fruités et à l’arôme puissant. A cette rose, avait été associé le chypre, sceau olfactif de Guerlain, composé de patchouli et de musc blanc, choisi pour sa chaleur. Et enfin, voici le bouquet qui s’harmonisait parfaitement avec les roses: muguet, lilas, pivoine, fraisia et jasmin.

Ainsi naquit la fragrance : une pluie de fleurs, de pétales, de fraîcheur subtile et pénétrante, avec un côté sensuel. Un nectar de fleurs, une ode à la vie et à l’amour, dans la chaleur du jasmin qui ne cesse d’émettre sa radiation, le chypre à la chaleur plus sombre, pour exprimer l’ambiguïté des sentiments, et le musc, qui donne l’odeur d’un cachemire sur la peau, une sensation confortable, intime, physique. En associant le côté personnel, sensuel, émotif du chypre, le côté physique par le musc, la déclaration d’amour avec le bouquet de fleurs, fut exprimée l’inexprimable idée, diaphane et tendre, romantique et charnelle, fugace et éternelle, de l’idylle.

Je compris alors par quels mécanismes subtils un parfum peut faire naître une émotion originelle, celle qui accompagne la naissance du sentiment, qui révèle, qui porte, qui transporte, et transforme, comme une lumière éclaire un monde nouveau.

Le parfumeur

Poursuivant mon enquête, je voulus savoir comment le parfum avait été composé, par quelle intention il avait été créé, et quel était le maître qui avait orchestré un si subtil alliage. Qui était l’homme qui avait compris la femme au point de la revêtir de la parure de l’élégance et des sens ? Qui avait su la rendre inoubliable…

Je rencontrai alors celui, qui dans la continuité de l’esprit Guerlain et dans la créativité personnelle, avait créé le parfum. Thierry Wasser, successeur de Jean-Paul Guerlain, esprit libre, qui brillait d’un œil pétillant d’intelligence, d’une grâce et d’une énergie profonde. Par son talent personnel, il s’était lié à Guerlain d’une façon exclusive pour lui apporter ce qu’il était, ce à quoi il croyait, et sa façon à lui de voir le monde et de le respirer.

Né à Montreux, enfant, il aimait à ramasser des herbes, à les collectionner, se spécialisant dans la botanique. Il intégra l’école de Givaudan, rejoignit Paris où il fut nommé Parfumeur libre fragrance avant de goûter à l’expérience new-yorkaise qui le faisait rêver depuis sa jeunesse. Dans sa formation, il se nourrit de ce qu’il appelle des rencontres magiques avec des maîtres qui enseignèrent, chacun à sa manière, l’art des parfums à cet élève privilégié.

En rencontrant Jean-Paul Guerlain, il fit la connaissance d’un père spirituel, dont il se sentit proche, admirant la richesse de ses créations, son « romantisme échevelé, exprimé par des déséquilibres échevelés », ses fragrances viscérales, qui surprennent des sens, comme, par exemple, Samsara, avec son excès de jasmin, et de santal. Il aima l’élégance des flacons, la folie des histoires, la passion et le désir exprimés par la grammaire subtile des odeurs et des essences. Il admira l’obsession du sillage, l’authenticité des matières premières, jusqu’à parcourir les régions les plus reculées pour choisir lui-même les ingrédients les plus purs. Il rentra dans ce monde dans lequel il se sentit bien. Il eut envie de s’inscrire dans la continuité, dans l’identité de Guerlain, dans le sillage infini de ces quatre générations de parfumeurs et aussi d’y apporter sa marque, son identité à lui, son originalité, sa façon de voir et de sentir.

Lorsque je lui demandai comment il avait crée Idylle, il me confia que lors de la création du parfum, il était très amoureux et très heureux. Il voulait crier sa joie d’être là, dans la maison Guerlain, avec pour mission d’assumer et de transmettre le si long héritage. Il désirait dire son bonheur, sa bonne humeur et son amour à la terre entière. Les odeurs, me confia-t-il, sont ses mots à lui. Il avait des fleurs pour exprimer un spectre de couleurs assez large, il a fait son bouquet comme un fleuriste, il l’a composé d’une façon légère, exubérante, pour faire naître cette idée légère et pétillante de l’idylle -non pas une histoire d’amour grandiloquente, mais une histoire légère, gaie et heureuse. Il me parla de la Bulgarie, de cette vallée complète de roses, ramassées, et distillées sur place, pour faire la rose Guerlain. Il me parla des résonances entre les fleurs qui se répondent en écho dans le bouquet, et il me dit combien il était délicat d’accorder les fleurs, celles qui sont légères et celles qui résonnent plus fortement, celles qui sont épicées et celles qui sont mielleuses, les douces et les piquantes. En parfum comme en amour, tout est question de dosage…

Pour parvenir à l’accord parfait, pour atteindre l’équilibre dans l’absolu, pour provoquer des sensations inouïes et inoubliables par la magie d’une odeur, il a fallu mesurer chaque goutte, pour réaliser le jus, celui qui restera, celui qu’un homme n’oubliera pas, celui qui fera qu’il demandera, à la fin de la nuit, quel est ton parfum, il avait fallu tant d’art et de patience, de travail et de talent, dans l’inspiration d’un moment de grâce, dont il exprimait l’allégresse par la grammaire olfactive.

Et dans son regard passionné, je compris l’empreinte de la liberté, de l’artiste dont le langage n’est pas les mots mais les odeurs, qu’il conjugua tel un virtuose, pour former le philtre au pouvoir sacré.

Le Flacon

Dans cette quête de l’essence, je voulus voir la bouteille qui contenait le précieux liquide. A ce parfum, il fallait un écrin. Guerlain a toujours accordé beaucoup d’importance aux flacons, qui sont comme des bijoux, des œuvres d’art, des réceptacles aux formes rondes, aux couleurs dorées et précieuses. Pour Idylle, je découvris une goutte d’or. Une forme à la fois simple et complète, à la fois masculine et féminine, avec des hanches de femmes, qui s’élève comme une tour, avec grâce et volupté.

Le jeune homme qui le créa fait déjà partie de la mythologie. Entre Rimbaud et le petit prince, ses traits angéliques contrastent avec son regard rebelle. Il me fit penser à Cupidon, tel que je l’imaginai : espiègle, hyperactif, dans une folie, une effervescence, une excentricité, à la fois rebelle et spontané, irrésistible, impertinent, insaisissable, fragile, visionnaire, sensible, à l’intelligence intuitive et pratique.

C’est donc Ora Ito, l’iconoclaste, l’audodidacte, qui a imaginé le flacon de mon Idylle. Lui qui gagna sa renommée en faisant des parodies de marques internationales telles que Vuitton, ou Apple, se laissa aspirer par le romantisme, l’idéalisme, l’idéal de la femme absolue chères à Guerlain. Il mit tout son talent, son audace, son idée des nouvelles perspectives, son sens de l’époque, fait de modernité et de minimalisme, de l’attrait pour les formes et de rationalisme fonctionnel, pour créer le design du flacon, dans la lignée de ce qu’il appelle, « simplexité » : créer l’illusion de la simplicité pour des objets qui ont des utilisations complexes. La rencontre avec un parfum, dit-il, passe par la préhension, l’ergonomie, la fluidité, le dynamisme et l’économie de matière. Autour de l’histoire de Guerlain, autour de l’amour, autour de la goutte de pluie, il réussit à créer la forme qui allait évoquer tous ces mondes, tout en étant unique. Une courbe nouvelle était née, allure de notre temps, d’une simplicité et d’une élégance éclatante. C’était à la fois une goutte, une femme, un talon, une bouteille.

Le flacon, courbe et or, futuriste, brille comme une larme d’or, une larme de joie et de bonheur féminin: proche du corps humain. Ce flacon, c’est bien sûr la femme, c’est même la quintessence de la femme ; c’est une douceur dorée, c’est une goutte d’or, comme celles dans laquelle Zeus s’incarna pour féconder Danaé.

La femme

C’est l’histoire d’une idylle. Un parfum qui dure, l’espace d’une nuit. Une nuit qui dure l’espace d’un parfum. Pourquoi ? comment ? Me voici arrivée au terme de l’idylle, ce moment absolu qui m’a fait exister, pleinement, et que je retrouve, désormais, en respirant l’odeur d’Idylle comme on respire un air pur et serein, comme on aspire la vie. Me voici arrivée au terme de ma quête, devant le film qui mit en image le parfum.

C’est en voyant le film sur « Idylle » que j’achevai de résoudre son mystère. Le metteur en scène, Paolo Reversi, grand photographe de mode, ayant révolutionné la couleur et l’approche du modèle, est un virtuose de l’élégance et de la suggestion, avec ce rapport direct qu’il a au sujet, aux corps, aux formes et aux couleurs.D’une caméra sensuelle, il filme la belle Nora Arnezeder, actrice et chanteuse, révélée par le film « Faubourg 36 » de Christophe Barratier, qui est une jeune femme qui danse et chante, sur une version remixée de « Singing in the rain », sous une pluie de gouttes d’or qui se posent et volent autour d’elle, telles des images vivantes et joyeuses du désir ; le désir précieux comme l’or, le désir qui rend la femme femme, qui la rend heureuse, qui la féconde dans sa féminité. Ce film, qui rend hommage à toutes les femmes qui rêvent d’amour, évoque d’une façon imagée l’acte d’amour, et l’explosion sensorielle de l’orgasme sous la pluie du désir : une interprétation contemporaine du mythe de Zeus et de Danaé.

Quel est ce mythe ? En quoi m’éclairait-il sur l’origine du parfum ? Un oracle ayant averti Acrisios que son petit-fils serait cause de sa mort, il enferma sa fille dans une haute tour d'airain gardée nuit et jour. Mais Zeus amoureux la rejoignit sous la forme d’une pluie d’or et les gouttes tombèrent sur elle pour la féconder. La pluie, l’élixir, le parfum, est l’or de la femme : les quelques gouttes mystérieuses déposées sur son corps le rendent précieux comme l’or, tout comme les gouttes de semence divine déposées dans le corps de Danaé le rendirent fécond.

La sensuelle Nora Arnezeder qui danse sous la pluie, le ton de sa voix, son corps voluptueux recevant l’hommage de la pluie, me fit comprendre le pouvoir mystérieux du parfum : Idylle… Sa gaieté, sa joie, sa légèreté, sa jeunesse éternelle, montrent le pouvoir fécondant de l’idylle, qui fait renaître à la vie.

Idylle, le parfum, dans sa composition florale aux notes sensuelles et corporelles, est le reflet de ce moment où tout commence, où tout recommence, où l’explosion des sens se mêle à la naissance des sentiments, où, même si cela ne dure qu’une nuit, quelques semaines, ou quelques années, le parfum reste, car c’est ainsi : l’amour s’en va, et seul reste le parfum de l’amour.

Éliette Abecassis